& Mat Jacob

Prix du Livre Robert Delpire 2026

« Pour sa deuxième édition, le Prix du Livre Robert Delpire a été attribué à une œuvre unique, singulière et tragique.
Un travail à quatre mains et en deux volumes, le premier, inédit, le second, intime et hanté.
Caty, la vie, la mort, le titre le dit avec souffrance et tremblement. »

Sarah Moon, présidente du jury

Le jury de cette édition était composé de huit personnalités du monde des arts :
Sarah Moon (présidente du jury), Quentin Bajac (directeur du Jeu de Paume), José Chidlovsky (réalisateur), Michel Christolhomme (président de Pour Que l’Esprit Vive), Héloïse Conesa (chargée de la collection de photographie contemporaine au département des Estampes et de la Photographie de la Bibliothèque nationale de France), Emmanuelle Kouchner (directrice des éditions Delpire), Wajdi Mouawad (directeur du Théâtre national de la Colline), Natacha Wolinski (écrivaine et critique).

La publication du livre Caty, la vie, la mort aux éditions Delpire est prévue fin 2027. 

Caty Jan

Un livre

Depuis qu’elle est partie, avec la force qu’ont les défunts de résister à l’absence, le projet de composer un livre à quatre mains, les siennes, les miennes, ne me quitte pas. Un livre sur les liens qui nous définissent, qui nous obligent, les chemins que nous empruntons, la fragilité, la création, la liberté et le temps qui passe.
Caty n’a jamais fait de livre, ni d’exposition majeure. Caty, la vie, la mort rendra compte de son œuvre et de sa vie, dans un livre de photographies et de textes qui la présentera dans sa singularité, sans concession. Je mettrai en lumière la photographe qu’elle fut, l’artiste qu’elle est. Le livre abordera les séries majeures que Caty a réalisées entre 1990 et 2003. Elle se consacre alors aux thèmes de la naissance, la mort, le corps, la sensualité, la beauté, la souffrance… notre passage sur terre.
Un autre corpus de photographies présentera Caty au fil des années : portraits et instants saisis sans but précis que j’ai réalisés depuis notre rencontre jusqu’à son dernier souffle, durant 35 ans, jusqu’à ce rendez-vous qu’elle a souhaité sur une plage de Bretagne, lieu de l’enfance, pour la dispersion de ses cendres en janvier dernier.
Des textes, fragments de mémoires, réflexions sur l’acte de photographier, sur son histoire, ponctueront le livre pour faire le point sur une vie, celle de Caty.

     Mat Jacob

Caty Jan, Paris, 1991
© Mat Jacob, Tendance Floue

La chute

En 2003, à 37 ans, Caty a un accident vasculaire cérébral. Elle perd l’usage de la parole, se retrouve emmurée dans un corps accidenté. Elle ne photographiera plus. Elle garde cependant une extrême lucidité, une sensibilité, et son regard sur la vie.
Caty s’est suicidée en novembre 2025. Elle a fait un choix réfléchi, longuement muri. Je l’ai accompagnée dans son dernier voyage avec notre fille Pauline.

Caty Jan

Née à Brest en 1966.
Elle est co-fondatrice du collectif Tendance Floue en 1991.
Au début des années 90, elle explore les coulisses du Crazy Horse, à Paris, et révèle un univers féminin sensuel. Caty Jan consacre ensuite une période de travail sur le thème de la naissance et produit une série réalisée dans plusieurs maternités parisiennes, puis dans des hôpitaux cubains. En écho, elle s’intéresse aux cérémonies funéraires dans Ad vitam aeternam.
Portée par le mouvement rock et la quête de liberté, elle réalise des portraits des stars françaises de cette époque : elle partage des moments intimes avec Étienne Daho, Arno, Lio, les Rita Mitsouko.
En rupture avec le documentaire, Caty Jan aborde une nouvelle esthétique. Cet éloignement formel du réel se poursuit dans son dernier travail Nationale Zéro, réalisé avec le collectif Tendance Floue.
En 2003, un accident l’oblige à arrêter la photographie.

Caty Jan est décédée le 18 novembre 2025.

La création

Je regarde aujourd’hui ce qu’elle a été, ce qu’elle est devenue, comme dans un long travelling fragmenté de passages obscurs et d’éclats de vie, de fulgurances.
Caty avait la fureur de vivre. Elle s’engageait corps et âme dans la photographie, l’observation des femmes et des hommes. Elle y cherchait les secrets de notre condition humaine. Elle poussait une porte, s’immisçait dans la tête des gens, suivait une piste à l’instinct sur les traces de la joie, de la tristesse, qu’elle saisissait dans l’expression d’un corps. Sa photographie, éminemment sensible et poétique, prend racine dans le réel et cherche à documenter nos âmes fragiles.
Elle vivait ce qu’elle photographiait et elle photographiait ce qu’elle vivait.

Voyage dans les pays de l'Est, 1991
© Caty Jan, Tendance Floue

Sur la route, 2003
"Nationale Zéro" projet du collectif Tendance Floue
© Caty Jan, Tendance Floue

Caty Jan, Chine, 1993
© Mat Jacob, Tendance Floue

Caty, la vie, la mort

La rencontre

Jai rencontré Caty en 1989. Nous avions à peine plus de vingt ans. Nous rêvions de « vivre » la photographie. Elle est d’abord devenue une amie, puis ma compagne. Nous avons créé avec trois autres photographes le collectif Tendance Floue. Nous avons eu une enfant. Nous avons photographié ce qui nous semblait essentiel et juste. Nous nous sommes construits avec les images, autour des images, dans une admiration réciproque. Nous nous sommes aimés et nous nous sommes quittés. Puis le temps a passé et a fait son travail, avec son lot d’événements tragiques, d’échecs, de douleur.

Mat Jacob

Né à Paris en 1966.
Il est co-fondateur du collectif Tendance Floue en 1991.
La photographie de Mat Jacob conjugue l’être, humain, où qu’il soit. Cet humain peut Être, à lOuest, comme il le formule dans son travail sur le Finistère, le lieu du lien. Lintime pour conjuguer le mondial.
Son langage et sa pluridisciplinarité sont le fruit de multiples voyages, d’un besoin viscéral de questionner le monde. Sa série Chiapas, Insurrection zapatiste au Mexique s’inscrit au cœur d’un travail photographique documentaire et sensible, mené durant plus de vingt ans. Déclinée à la fois en exposition, présentée en France, au Mexique et en Colombie, elle a fait l’objet d’un livre dans la collection Photo Poche Histoire aux Éditions Actes Sud et lui a valu un prix au World Press Photo.
Son travail sur l’école dans le monde à travers vingt pays, Les Mondes de l’École, en collaboration avec Olivier Culmann, a fait l’objet dun livre aux Éditions Marval, ainsi que de nombreuses parutions dans la presse internationale.
En 2021, il est en résidence au Chili. Son travail Valparaíso, sur le thème de la fragilité et la marchandisation de notre monde est édité aux Éditions du FIFV.
Il est lauréat de la Grande commande photojournalisme du ministère de la Culture 2022 pour son enquête auprès des sans domicile fixe : Thierry et la Violence du monde.
Depuis 2018, en collaboration avec Monica Santos, il co-dirige Zone i, un espace culturel consacré à limage et à lenvironnement en milieu rural, situé dans un moulin restauré sur les bords du Loir.

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